Interview de Jacques Chandellier, consultant & co-fondateur de C2AP


logo C2AP : J Chandellier et O Pichot

 

1- Cela fait plus de 20 ans que vous travaillez dans la filière du chauffage au bois. Comment êtes-vous tombé dedans ?


 J’ai travaillé de nombreuses années au CSTB comme chef de la Division qui s’occupait en autres, de l’évacuation des produits de la combustion ; à ce titre j’ai beaucoup travaillé sur les Avis Techniques et les DTU du domaine.

Après mon départ du CSTB en fin 2004, j’ai poursuivi mon activité de conseil sur ce sujet, principalement sur la normalisation européenne des conduits de fumée, et, plus récemment sur celle des appareils à bois et j’ai constaté qu’il y avait vraiment un déficit d’aide aux installateurs et de conseil aux fabricants.

 

2- En plus d'être formateur, vous êtes consultant, pouvez-vous dire en quoi consiste vos différentes missions ?


 J’exerce en fait trois missions complémentaires :

·        le conseil, spécialement vis-à-vis des fabricants qui sont souvent un peu dépassés par les normes européennes tant lors de leur création (cela représente un travail important et une présence soutenue dans diverses commissions), que dans leurs conséquences (comment mettre en pratique les exigences des normes spécialement vis-à-vis des installateurs).
Dans le domaine des appareils à bois; le SER (Syndicat des Energies Renouvelable) est un partenaire important pour moi,

·        l’assistance, spécialement vis-à-vis des installateurs qui sont souvent noyés sous des tonnes de règles établies au coup par coup et qui n’arrivent que difficilement à percevoir la logique de tout cela ; cette assistance prend la forme de formations sur diverses thématiques ou de simples conseils à des questions ponctuelles, mais aussi d’un accompagnement qui peut- être plus ou moins soutenu,

·        l’expertise judiciaire : dans ce cas, je suis désigné par un Tribunal qui me demande, en dehors de toute pression, de formuler un avis technique sur des questions précises qui me sont posées. Ces missions me permettent également de mesurer les conséquences sur le terrain des décisions prises par d’autres dans les différentes commissions auxquelles je participe.

 

3- Vous participiez aussi à l'élaboration des normes, pouvez-vous en dire plus ?

 
La norme est, par définition, un consensus des acteurs concernés sur des produits ou sur leur mise en œuvre ou sur la conception des installations. Ces documents sont révisables et ne constituent en aucun cas des règlementations qui sont imposées par les Pouvoirs Publics pour des raisons de santé, sécurité, économie d’énergie etc..

Les normes et en particulier les DTU, sont donc des guides pratiques et il est très regrettable que les experts ne les lisent que comme s’il s’agissait de règlementations. Je vous incite à regarder l’avant-propos commun à tous les DTU qui positionne clairement le rôle du DTU.

Ainsi, dans le domaine que je connais bien, la fumisterie, on pourrait résumer les règles absolument nécessaires à une dizaine de règles, les autres règles n’étant souvent qu’une déclinaison de ces 10 règles fondamentales.

Quelle dommage de voir des installations refaites entièrement parce que les experts n’ont pas su juger de l’importance du défaut :
est-il vraiment grave ou s’agit-il d’une simple erreur qui n’aura tout compte fait aucun inconvénient ?
Si l’on est pas capable de faire cette analyse, on ne devrait plus être expert !

Pour conclure sur ce sujet, les utilisateurs des normes devraient les utiliser pour ce qu’elles sont et non pas pour ce qu’ils souhaitent.



4- Revenons sur ce dernier point si vous voulez bien : Comme le DTU  n'est pas une réglementation, alors est-on fondé à penser qu'une intallation, quelle qu'elle soit, à partir du moment où elle fonctionne, qu'on obtient un résultat probant (c'est-à-dire, un appareil qui chauffe, avec du tirage pertinent – ni excessif ni insuffisant, sans pollution visible, sans dégagement de fumée à l'intérieur de la pièce, bref, sans défaillance notable dans l'immédiateté), rien n'empêche de considérer que l''installation est quand même aux normes, alors même qu'elle ne respecte pas totalement les préconisations du DTU ?

Effectivement. Les règles émises par les pouvoir publics ne se discutent pas. Les normes sont elles un consensus. On s'appuie sur elles en cas de problème.

Prenons par exemple la hauteur de la sortie de conduit 40 cm au dessus du faîtage. C'est une règle. Pas de discussion possible.

Prenons a contrario le DTU qui indique qu'on ne doit pas avoir de dévoiement (angle du conduit) supérieur à 45 dégrés pour ces installations (notons au passage que les normes européennes indiquent qu'on peut rencontrer des difficultés au delà de 30 degrés).
Un professionnel avec qui nous travaillons avait été obligé d'avoir recours à un angle de 52 degrés et cela fonctionnait.
Par contre, la règlementation rend obligatoire le ramonage et celui-ci devient problématique au delà de 45 de grés. En installant une trappe de ramonage de part et d’autre du dévoiement, le professionnel a rendu son installation satisfaisante.

Cela laisse donc de l'espace aux cas particuliers en laissant au professionnels des possibilités d’adaptation . Mais pour déroger aux normes, il faut que les dispositions soient pertinentes et que le professionnel soit compétent.

 

5- Enfin récemment, vous avez lancé C2AP un service destiné aux professionnels du chauffage au bois - De quoi s'agit-il ?


La création de la société C2AP  découle de mon expérience personnelle et des observations ci-dessus, largement partagées par un autre expert du domaine, Olivier PICHOT.

Notre société est consacrée à l’assistance technique des professionnels de la fumisterie et des appareils de combustion utilisant comme combustible le bois et les granulés de bois.

Constatant, dans un premier temps que les installateurs étaient totalement démunis face au dimensionnement des installations qui leur est demandé par le DTU 24.1 (je ne parlerai pas des abaques totalement dépassées, du rapport RAGE sur le dimensionnement parfaitement illisible et qui ne tient pas compte de la norme actuelle), nous avons développé un outil de dimensionnement qui permet, à partir des caractéristiques réelles de l’installation, de connaitre le comportement attendu de l’ensemble afin de garantir le bon fonctionnement de l’appareil.

Cet outil est perpétuellement mis à jour en fonction des évolutions normatives ; il est simple, financièrement accessible (abonnement annuel de 300 €HT) et ne nécessite qu’un accès Internet.

Il permet enfin aux installateurs de vérifier eux-mêmes par le calcul plus de 95% des installations qu’ils sont amenés à réaliser.
Notre société C2AP fait également les calculs pour des installations complexes lorsque les installateurs nous le demandent.

 

6- Cet outil vient-il combler un manque de compétence des professionnels ? Il y a-t-il encore trop de problèmes de tirage et d'encrassement ?


Il ne s’agit pas directement d’un manque de compétence des professionnels mais plutôt de mettre à niveau leur compétence face à des appareils de plus en plus perfectionné.

Les appareils de combustion, qui ont fortement évolué ces dernières années, offrent maintenant un haut niveau de performances et de maitrise des émissions polluantes. Cependant, pour passer de la performance « laboratoire » à celle résultant de l’installation réelle, il faut concevoir et dimensionner les installations avec précision. Comme en tous, la performance ne supporte pas l’approximation !

Les problèmes de tirages sont encore nombreux. Dans nos activités d’expert, nous sommes régulièrement confrontés à des installations qui s’encrassement fortement - source de feu conduit et d’incendie - ainsi qu’à des installations qui provoquent des refoulements de fumée dans la pièce de vie.  

Par ailleurs, bien que cela ne soit pas toujours visible des utilisateurs, un tirage approximatif est source d’une importante pollution de l’atmosphère.

L’outil que nous mettons à disposition des installateurs est simple d’utilisation et permet de résoudre toutes ces difficultés bien avant que l’installation soit faite en adaptant le dimensionnement de l’installation. Cela professionnalise le geste de l’installateur et cela réduit considérablement les risques de problèmes graves tels les incendies ou les intoxications monoxyde de carbone (les fumées de combustion) ainsi que les SAV qui, dans notre domaine, ne sont pas vraiment négligeables.

 

7- Certains professionnels bien installés ne font pas de calcul de dimensionnement car ils disent "ne pas en avoir besoin car ils connaissent bien leur produit". Cela se vérifie t'il sur le terrain ?


Bien connaitre ses produits est une base tout à fait insuffisante. Il faut bien comprendre qu’un appareil ne fonctionne pas seul.

Comme pour une voiture dont le comportement routier et la consommation ne dépendent pas que du moteur, le comportent d’un appareil à bois ou à granulés dépend de l’appareil bien sur mais aussi de la conception du conduit de fumée, des circuits d’air, de la localisation de l’habitation (altitude, proximité de la mer, existence d’obstacles, …).

Notre solution de dimensionnement a justement pour objet de calculer le comportement attendu de l’installation en prenant en compte l’ensemble des paramètres : ceux de l’appareil – que l’installateur connait souvent bien – et ceux, toujours différents, qui relève de la réalité de l’habitation.

J’ajoute par ailleurs que si les installateurs analysent à peu près les problématiques de tirage, la prise en compte de la condensation des fumées et du bistrage qui s’en déduit est complétement négligée ; la gestion simultanée des 2 critères - tirage et condensation - est d’ailleurs impossible sans avoir recours à des outils de dimensionnement tels que celui que nous proposons.

Enfin, rappelons que le dimensionnement à puissance nominale est obligatoire mais qu’il est tout aussi nécessaire de regarder comment fonctionne l’installation à la puissance réelle d’utilisation (c-a-d à puissance réduite ndlr) : notre outil permet de le faire de façon très simple.

Les premiers utilisateurs de notre outil QUICK CALCULATION ont rapidement constaté que les installations de ce type fonctionnaient mieux avec des conduits ou tubages isolés et que les conduits D (c’est-à-dire SEC, autrement dit qui n’acceptent pas de condensation) n’avaient plus beaucoup de place avec ce type d’appareils.
La plupart a mesuré également que le calcul pouvait offrir un avantage commercial important dans la vente en démontrant la pertinence de leur propositions techniques.

 

 

8- Quels conseils donneriez-vous aux particuliers qui gèrent eux-mêmes leur installation et à ceux qui passent par un professionnel ?

 

Aux particuliers, je rappellerai que les appareils à bois sont des sources de chauffage très efficaces et qu’ils participent grandement à l’ambiance chaleureuse de leur maison mais que le « bricolage » n’a pas de place sur ces installations.

Il importe de respecter certaines règles (j’ai indiqué plus haut qu’il y en avait une petite dizaine) ; si celles-ci sont respectées, tout se passera bien. A contrario, si certaines sont négligées, des dysfonctionnements pourront survenir avec des conséquences parfois très lourdes.

Je formulerai exactement la même chose aux installateurs : la combustion du bois n’est pas celle du gaz et, de ce fait, des prescriptions techniques particulières liées principalement aux hautes températures et au risque de feu de cheminée sont nécessaires pour le bois.

Dans les deux cas, une grande attention doit être apportée à la conception de l’installation afin de pouvoir profiter d’une installation performante, économique et maitrisant les émissions polluantes ; il faut à minima demander à l’installateur (ou à un bureau d’étude spécialisé), une note de calcul de dimensionnement précise et couvrant la plage de puissance de l’appareil et non la seul puissance nominale.
 

Merci pour ces précisions.


 

Pour plus d'informations, consultez le site internet de C2AP  www.c2ap.net
 






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Commentaire(s) :

Gael (99) le 25/10 :


Article très intéressant avec un point de vue très novateur et à contre-courant sur le DTU.

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