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Mon poêle à granulés étanche doit-il être certifié par le CSTB ?


Commençons par définir la notion d’étanchéité :


Le concept de « circuit de combustion étanche »


On parle de « circuit de combustion étanche » lorsque ces 3 conditions sont réunies :
- le poêle est étanche (c-a-d qu’il est hermétique : Il ne prend pas l’oxygène nécessaire à la combustion du bois dans la pièce dans laquelle il se trouve)
- les conduits le sont aussi
- tout comme l’arrivée de l’air nécessaire à la combustion (l’air comburant est  apporté par un conduit spécifique).


On a alors un système de chauffage en circuit fermé :
Pour reprendre cette image issue de notre ancien dossier spécial sur le poêle étanche,
« c’est un peu comme un moteur de voiture : Le moteur de la voiture aspire de l’essence, brûle ce carburant, et expédie les gaz brûlés dans le pot d’échappement. »

Dit simplement : une installation est étanche si l’appareil et les conduits le sont aussi ! 
 

Quels sont les avantages (réglementés) d'une installation étanche ?

 

Quand on dispose d’un ensemble poêle étanche + conduit d'évacuation des fumées étanche + conduit d'air (comburant), on est autorisé à :  
 

-  installer un appareil de chauffage au bois dans une maison BBC ou passive

Puisqu’une installation étanche n'aspire pas l'air frais à l'intérieur de la pièce où il est situé, elle est devenue obligatoire (via les Réglementations Techniques) dans la maison BBC ou dans une maison passive chauffée au bois. Cela préserve l’étanchéité à l'air du bâtiment et assure une consommation énergétique réduite.
- installer un appareil de chauffage au bois dans une habitation bien isolée avec ventilation double flux à récupération de chaleur.


- envisager une sortie des conduits à moindre coût en Zone 2 ou en Zone  3

Voici les 3 types de sorties (ou débouchés) possibles quand on doit poser les conduits de fumée :

- Zone 1 : au-dessus du faîtage de la toiture, option envisageable dans tous les cas (attention toutefois aux obstacles et aux ouvrants voisins).
C’est la solution standard et conseillée.

- Zone 2 : sur le rampant de la toiture, option envisageable dans le cas d’un « circuit de combustion étanche » en utilisant les conduits dits "concentriques".
(A noter : il y a également une possibilité de raccordement en configuration séparée en zone 2 avec un débouché à 2.3m du toit en respectant 15 m de distance avec un obstacle)

- Zone 3 : en façade (on parle souvent de "ventouse"), uniquement si le poêle est étanche et peut prélever l'air comburant à l'extérieur via un conduit d'amenée d'air ET s'il s'agit d'une installation dans des logements existants, pas dans le neuf).
 

Sortie de conduit en zone 1 2 ou 3

L’arrêté du 22 octobre 1969 relatif aux conduits de fumée précise :
« Les orifices extérieurs des conduits à tirages naturels, individuels... doivent être situés à 0,40 mètre au moins au-dessus de toute partie de construction distante de moins de 8 mètres. En outre, dans le cas de toitures-terrasses ou de toits à pente inférieure à 15 degrés, ces orifices doivent être situés à 1,20 mètre au moins au-dessus du point de sortie sur la toiture et à 1 mètre au moins au-dessus de l’acrotère lorsque celui-ci a plus de 0,20 mètre. »
Si des systèmes de combustion comportent un dispositif d’évacuation des fumées d’une conception différente des conduits visés par le présent règlement, ils ne peuvent être mis en œuvre que si le dispositif d’évacuation des fumées a été reconnu apte à l’emploi par un avis technique. »

Cela signifie que si je veux mettre une sortie de conduit en zone 2 ou 3, le conduit de fumée utilisé doit être reconnu étanche par un Avis Technique (sauf cas spécifique mentionné plus haut pour la zone2) .

"Pas de bras, pas de chocolat"… là c’est pareil :
Pour simplifier : Pas de conduit étanche, pas de sortie de conduits en zone 2 ou 3 !

Et c’est le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) qui délivre ces Avis Techniques (ATEC) avec un Document Technique d’Application (DTA) permettant aux fabricants de conduits de déclarer leurs conduits étanches et de les vendre pour les usages qui vont avec.
« Les dossiers, écrit le CSTB, sont ainsi instruits et délivrés par le groupe spécialisé GS14 du CSTB, seul organisme en France habilité à délivrer des avis techniques et DTA. »

 

Comment déterminer si un poêle à granulés est étanche ?

 

Vous avez compris la signification d'une installation étanche et son intérêt.
Vous avez retenu que la la règlementation précise comment on mesure et comment on déclare un conduit étanche permettant de placer la sortie des conduits en zone 2 ou 3 ...mais elle ne dit rien sur l'étanchéité des poêles !

Aucune norme ou règlementation n’indique les chiffres et process sur lesquels se baser pour définir qu’un poêle est étanche. 
 

Sans doute pour éviter qu'on mette n'importe quel poêle avec des conduits étanches, le CSTB rajoute donc dans les Documents Techniques d’Application (DTA) des conduits certifiés étanches que les conduits étanches doivent être installés avec des poêles qui ont été certifiés étanches par le CSTB.

Bref, pour être en zone 2 ou 3, il faut des conduits certifiés étanches par le CSTB et celui-ci déclare qu'il peut certifier le conduit étanche que si le pôele a été certifié étanche par ses soins.

En d’autres termes, le CSTB se rend ainsi incontournable : Il l’était déjà pour les fabricants de conduits, et il le devient aussi pour les fabricants de poeles en rajoutant cette simple mention dans les DTA des conduits de fumée. 

Vous me suivez ?

Abus de pouvoir ou gage de sérieux de l’installation ?  
Chacun verra midi à sa porte.


Une installation étanche sans acheter un poêle certifié par le CSTB ?


On l’a vu : c’est le CSTB qui s’auto-déclare compétent concernant l’étancheité des poêles. C’est une approche assez franco-française.
Et tous les fabricants qui vendent partout en Europe ne voient pas cela d’un bon œil : L’avis du CSTB coute cher et prend du temps sachant que les fabricants font déjà passer bon nombre de tests à leurs appareils…et qu’ils sont considérés comme étanches dans d’autres pays européens !

Alors certains fabricants font sans l’Avis Technique du CSTB.
Et d’ailleurs ils ont le soutien de Quali’ENR
, l’organisme qui certifie les professionnels de l'installation d'appareils de chauffage bois avec Qualibois (qualification RGE).

Quali’ENR indique ainsi aux professionnels qu’un poêle est considéré « étanche » 
-  s’il est sous Avis Technique (ATEC) (comme on vient de le voir ndlr)
- ou si le fabricant d’un appareil le préconise dans la notice.

Donc un fabricant de poêle peut déclarer que son appareil est étanche s’il prend la responsabilité de la préconisation de l'installation.
Et cette préconisation doit se faire « officiellement » dans la notice de l'appareil.

C’est ce que fait le fabricant de poêles à granulés MORRETI DESIGN en France. Il indique clairement dans la notice dans quelles conditions les poêles étanches de cette marque doivent être installés pour une installation étanche.
Poujoulat précise ainsi que 69 appareils de MORRETI DESIGN sont compatibles "selon les préconisations de l'industriel de l'appareil"  avec le Système de conduit étanche PGI avec amenée d'air comburant par le conduit concentrique parce qu’ils « ont fait l’objet d’un essai de couplage réalisé et validé par le Laboratoire CÉRIC afin de s'assurer que les appareils testés sont étanches et offrent un fonctionnement optimal avec le conduit PGI. » (même s’ils n’ont pas d’Avis Technique ndlr).

La liste de tous les appareils de MORETTI DESIGN et des autres fabricants compatibles avec les conduits PGI de Poujoulat (avec ou sans Avis Technique) est publique, elle est disponible à cette adresse :
https://www.poujoulat.fr/fr/article/les-services/compatibilite-pgi

installation etanche moretti design

Dans cette liste figurent d’autres spécialistes des poêles à granulés comme Rika (qui demande par exemple que les conduits concentriques ne dépassent pas une certaine hauteur ) ou Jolly Mec (qui exige que les conduits de plus de 5 m. passent à un diamètre de 150vmm).


 

Alors mon poêle, il est étanche oui ou non ?!

 

- SI votre appareil est listé sur le site du CSTB comme étant certifié (visé par un «Avis Technique» (ATEC)) : 
OUI AUCUN DOUTE et même plus  !

 

Faute de réglementation ou norme concernant l’étanchéité des appareils de chauffage au bois, le CSTB calcule le débit de fuite mesuré sous 50 Pascal (Pa) dont le seuil est de 0,25 m3/heure/kW jusqu’à 12 kW et 3m3/h au-delà de 12 kW (protocole de mesure d’étanchéité selon EN 613 « Appareils de chauffage indépendants à convection utilisant les combustibles gazeux »).

Cela revient à dire qu’un appareil doit être aussi étanche qu’un conduit gaz qui transporte des gaz inodores, invisibles et mortels. Est-ce un seuil adapté à la combustion de bois ?

 

- Si la notice de l’appareil déclare que l’appareil est étanche et contient les préconisations d’installation : OUI

 

En cas d’incident, l’expert juridique regardera bien sur si les conduits sont certifiés et concernant l’appareil, faute de règlementation, il devra s’en référer à la notice.

 

Vaut-il mieux un appareil certifié étanche ? L’avis des experts

 

- Pour le particulier acheteur ?

 

Pas de souci, il est protégé dans les 2 cas.
Donc ces écrits doivent rassurer les particuliers à qui un professionnel propose une installation étanche. L’appareil peut être certifié étanche par le CSTB ou par le fabricant, si l’installation est faîte correctement, cela fonctionnera.

 

Et en cas de souci, l’installateur ou le fabricant seront responsables.
 

- Pour l’installateur ?

La réponse est plus nuancée.

Pour Olivier Grelier, expert du chauffage au bois chez Grelier Conseil et C2AP, sa position sur les règles applicables est claire :
« La réglementation indique que les conduits doivent avoir un avis technique.
Dans l'avis technique des conduits, il est dit que les poêles doivent avoir un avis technique
donc les poêles doivent avoir un avis technique ».
En cas de souci sur une installation , l'expert mandaté va regarder la règlementation et donc même si le problème n'est pas lié a l'étanchéité , l'installateur risque d’être mis en cause.

Un autre expert que nous avons contacté a longtemps préféré l’optique pragmatique de Qualibois. C’est la réalité du terrain ». Il reconnait désormais que « l’Avis Technique (ATEC) permet d’éviter que l’installateur se retrouve en porte-a-faux avec le fabricant »."Cela évite aussi les soucis avec l'assurance de l'installateur" rajoute t'il.

Pour Jacques Pipard, responsable de MORRETI DESIGN en France : c’est un faux débat, «  on fait tester nos produits en labo, on se fait contrôler par Qualibois, et les experts juridiques ont du bon sens.» Selon lui, l’avantage du certificat CSTB est commercial : «  Je perds en visibilité et en retombées commerciales en n’ayant plus la certification CSTB mais on fait partie des petits fabricants, on ne fait pas de gros volumes, on veut juste que l’installation soit bien faite ». 

Exemple de resultat de Test d'etancheite

Soyons clairs : Qu’un installateur s’en tienne à la version française officielle et qu’un autre s’en tienne à la version Quali’ENR (Qualibois), les 2 auront raison ! Chacun à sa façon !

Une façon pragmatique de voir les choses pourrait amener à penser que l’installateur expert (qui connait son métier) n’aura pas de souci à travailler avec un fabricant sérieux qui aura fait tous les tests (notamment les tests de couplage appareil/conduit) et les préconisations nécessaires. Un installateur moins chevronné aura peut-être intérêt à se cacher derrière une certification (pour autant qu’il respecte le DTA et les normes en vigueur…)
 


Cette zone d’ombre va-t-elle durer ?


Il semble étonnant qu’on parle d’étanchéité avec le chauffage au bois depuis un moment déjà et qu’on ne sache pas clairement quel seuil d’étanchéité il faut viser et qui est responsable de cette mesure. « Non mais Allo ?! » pour reprendre un personne « célèbre ».

Dans ce cadre, les Avis Techniques ou Documents Techniques d’Application (DTA) font leur boulot pour palier au manque, avec plus ou moins de satisfaction chez les fabricants. Mais cela n'empêche pas ces derniers de travailler. 

Une norme européenne attendue pour début 2022 pourrait cependant clarifier tout cela. 
L’enquête publique lancée récemment, évoque une mesure des fuites à 10 Pascal (Pa) (le seuil de 50 Pascal ne serait donc plus la référence) mais cette mesure devrait rester stable sur le long terme (10 ans). 

Si elle voit le jour, on espère que les fabricants, les installateurs, les particuliers pourront enfin danser sur le même pied (les formateurs et laboratoires de test avec eux).



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